Recherche sur les acquisitions massives de terres en Afrique de l’Ouest

Jour 7 : Ayamé

lundi 8 avril 2013, par Rose-Anne St-Paul

18 février 2013, Ayamé

Le matin du 18 février fut un peu particulier. Nous avons rencontré une religieuse qui tient une pouponnière pour orphelins et qui aux dires de quelques paysans, achète des terres qu’elle met en production afin de créer un revenu permettant de soutenir sa mission. Situé en à Ayamé, l’orphelinat s’occupe de nourrissons et de jeunes enfants dont les parents ne peuvent pas s’occuper d’eux. Le site, placé dans les hauteurs, est magnifique : les montagnes autours sont verdoyantes, et l’atmosphère est plus calme.
La fondatrice nous accueille dans le parc d’amusement des enfants, où elle écoute les raisons pour lesquelles nous nous sommes présentées. Derrière elle, sont allongés d’adorables poupons en pleine sieste. Elle nous a fait ensuite passer à son bureau ou elle a répondu à nos questions. Elle affirme qu’elle a effectivement pu acquérir des terrains. Cela part de l’inquiétude de la pérennité de la pouponnière, et de la volonté d’être indépendante de fonds extérieurs. En effet, l’objectif est surtout le bien-être de « ses » 60 enfants.

La fondatrice nous a appris que c’est avec l’accord et même à l’initiative de paysans de la région que la fondatrice a acquis quelques 350 hectares. Étant un établissement bien connu de la région, elle reçoit des conseils et des propositions des populations environnantes. Depuis 2009, c’est de l’hévéa, des palmiers à huile, du cacao et du café qui poussent sur ces terres. Avec la participation de familles et de femmes sur chacun des 15 campements au total, cela a pu créer de l’emploi, notamment pour 50 jeunes. Depuis l’été de 2012, le vivrier a été introduit sur quelques hectares. Sur une bonne partie des terres, on retrouve le principe de ‘planter, partager’ : la production d’hévéa n’étant pas encore en cours, les producteurs qui ont donné leur terrain ne reçoivent pour l’instant pas le revenu mensuel qui souvent découle de la culture d’hévéa assez mature pour la production.

Nous avons la chance de visiter l’endroit : une infirmerie, puis quelques chambres. Dans le couloir était placé un matelas, où se trouvait recroquevillée une petite fille.

« Elle, c’est Marie-Louise ».

Doucement, la religieuse nous explique que Marie-Louise a été retrouvée bébé près des ordures non loin de la pouponnière. Elle a un handicap psychomoteur, souffre de cécité, et également d’autisme : la fondatrice tente de la redressée pour que l’on voit son visage. « Nous la laissons tranquille, parce que souvent elle se met à crier ». Et comme de fait, Marie-Louise se met à pleurer et à se débattre, tandis que la dame lui parle avec affection. Le silence du groupe en dit long : l’émotion est palpable pendant que les mots de la dame résonnent encore dans les oreilles : « Marie – Louise est un miracle. C’est Dieu qui nous l’a donné ». Peu à peu, Marie-Louise retrouve sa position fœtale et le pouce dans la bouche, s’isole silencieusement.

Nous continuons de longer le couloir, jusqu’à une salle où les bébés dormants ont été déplacés. La fondatrice nous fait aussi visiter, un gymnase et des chambres en construction. Plus haut, se trouve une école primaire. On comprend que le projet est d’envergure et que tous les moyens y seront mis à contribution. Certains se réveillent, en entendant nos pas, et de beaux sourires éclairent leurs visages. La visite se termine par une promesse : celle qu’Inades gardera le contact avec la pouponnière, notamment en ce qui concerne la formation des paysans – surtout des femmes.

Crise familiale

Nous avons poursuivi la journée chez une famille, qui possédait plusieurs hectares mais qui avait tout vendu à des particuliers à cause de manque de moyens financiers et de mésentente. Le chef de cette famille était le plus grand planteur d’Ayamé, et avait épousé quatre femmes, et chacune avait des enfants. Après son décès il y a eu un héritier qui ne s’occupait des enfants. Ceux-ci l’ont emmené en justice pour réclamer la totalité de 100 hectares de terres que possédaient leur père (dans les inventaires, Anne-Marie avait toutefois trouvé que la possession s’élevait à 1000 hectares).

Il n’y avait pas de partage équitable des terres quand trois groupes de fils et de filles décidèrent de vendre 30 hectares (sans l’accord du quatrième groupe), et de répartir les revenus équitablement entre les 4 groupes. Les membres du quatrième se sont mis à douter de la bonne foi de leurs demi-frères et demi-sœurs. Ils croyaient que les 3 groupes s’en étaient mis un peu plus dans leur poche qu’ils ne voulaient bien l’admettre. En secret, ils organisèrent la vente des 70 hectares restant, et empochèrent l’argent de la vente. D’un autre côté, comme chaque mère a eu une parcelle léguée par le père décédé, les familles continuent de produire du vivrier en petite quantité.