Recherche sur les acquisitions massives de terres en Afrique de l’Ouest

Jour 2 : Notre modeste contribution et la suite de l’atelier

lundi 18 février 2013, par Rose-Anne St-Paul

13 février 2013, Abidjan

En ce mercredi 13 février, Myriam et moi étions fin prêtes pour le principal aboutissement de notre stage : notre présentation de la revue de littérature et de l’outil pédagogique devant les participants de haut calibre de l’atelier. C’est lorsque nous nous sommes enfin installées à l’avant et sur le point de commencer, que mon ordinateur a décidé de redémarrer pour cause de ‘mises à jours’. Un moment de stress. Mais heureusement, très rapidement, tout est revenu à la normale. Nous avons même pu, suite à l’idée d’Éric, montrer un extrait vidéo d’une partie plutôt comique de la journée d’hier : à l’initiative de Francis, les participants ont pu se lever, tourner autour de la salle en tapant et en se déhanchant en alternance sur le rythme d’une chanson à réponse. La vidéo a causé l’hilarité générale ! C’est donc avec une atmosphère (plus que) détendue que nous avons commencé notre présentation (Merci Éric !).

Nous avons fait attention d’incorporer les informations que nous avions entendu la veille pour ne pas faire de doublons. Les recommandations et les questions des participants ont été très constructives, et nous avons pris bonne note de ce qui nous a été communiqué. Nous avons donc enchaîné avec la formation SPIP, et les questions techniques qui s’y rattachent. Au final, c’étaient des sentiments de fierté et de reconnaissance qui nous ont animés : le feedback a été plus que positif et bien que le travail ne soit pas terminé, les participants ont pris soin de nous dire que notre travail était apprécié.

Un rappel : le rôle des femmes

Une représentante de Newfield Foundation originaires du Burkina Faso, Mariamé Traoré et Sibiri Dao qui travaille pour une organisation dans l’est du Burkina (régions des cascades) sont présentées. Mariamé a rappelé l’importance de répéter les choses pour qu’elles restent dans les mémoires. Ainsi, le rôle capital que les femmes jouent, ainsi que leur rôle catastrophique dans le cadre foncier sont bien connus. Il faut alors toujours se demander ce qui se passe pour l’autre sexe, lorsque l’on s’adresse à quelqu’un. Généralement, ce sont les hommes qui sont propriétaires de terres. Il faut se demander pourquoi les femmes sont absentes, car les impacts possibles sur elles des acquisitions massives de terres : pertes de ressources en énergie (bois), en eau, réduction du rôle domestique et de la production. Ce n’est pas parce que les f st exclues qu’elles n’ont pas d’idées sur la manière de changer la situation. Il ne s’agit donc pas d’inverser les rôles, mais de travailler en complémentarité.

Pour se faire, Mme Traoré affirme qu’il faut donner la parole aux femmes et susciter leurs interventions. Il faut les rencontrer de manière séparée en entrant en contact avec des leaders. Mme Dao accent sur le plaidoyer pour intégrer tout le monde dans cette démarche. Elle dénonce le regard de sa société sur la femme, perçue comme une bête de somme qu’on échange contre une dot élevée, bonne à effectuer des tâches domestiques et de culture dans les champs etc.

Au Burkina, la loi 034 sur le foncier rural ou plutôt sa mauvaise interprétation a prévalu une grande anarchie des terres restantes dans les zones fertiles (où les membres de l’état possèdent des terres). La FÉNOP (Fédération nationale des organisations paysannes) a commandité une conférence, donnée par Mamadou Goïta devant plus de 300 personnes réunies pour comprendre cette loi. Suite à cela, un programme de plaidoyer auprès des autorités locales, des chefs coutumiers et des chefs de terres, a été édifié et on leur a demandé s’il ne fallait pas donner de plus grandes superficies aux femmes. Ils ont répondu qu’elles n’avaient qu’à le demander. Une assemblée a été organisée avec un groupe de femmes qu’on a emmené devant les chefs a qui on a demandé de répéter ce qu’ils pensaient. En effet, les demandes des femmes ont été écoutées et 50 hectares ont été donnés à 4 groupes, et 140 hectares pour la culture du riz dans une région pluvieuse.

Des comités de suivi ont été établi pour permettre les attestions de possession foncière (papiers administratifs). Mariamé Traoré a rappelé les facteurs favorables ont suscité l’augmentation de conscience soit l’intervention de Mamadou Goïta lors de sa conférence, une bonne diffusion de la loi pour une meilleure compréhension, une bonne organisation de l’association de femmes, et la confiance que les femmes ont eu en elles-mêmes, leurs droits à l’échange et à la parole. Enfin, Mme Traoré a exhorté encore une fois les chercheurs a demandé aux femmes leur opinion, car elles sont les plus grandes perdantes à cause des divisions tacites de la dynamique familiale.

Pour Sidy Ba, il existe un grand progrès au Sénégal à ce niveau : les femmes peuvent demander 10 hectares au même titre que l’homme. Ce progrès correspond à l’adoption de la loi sur la parité au niveau de l’assemblée nationale et dans les comités locales également. Pour lui, « Il faut souder, faire une alliance contre ces accapareurs. Car c’est l’agriculture familiale qui est menacée. Le combat est le même ». Mariamé rappelle qu’il est difficile de faire une alliance avec quelqu’un qui n’est pas bien informé. Puisque les femmes sont sous-informées, les hommes parlent à leur place.

Terres : sources de savoir

Assétou Samaké nous a rappelé que la perte des terres ne provoque pas seulement à la perte de ressources, mais aussi celle des connaissances, des sciences sur les ressources génétiques ou non monétaires. Bien que non rentables économiquement, elles ont une valeur au plan social et écologique, et ne devraient pas être considérées comme des cultures mineures. Dans la tradition les cultures qui sont à la charge des hommes : riz etc. mais ce sont les femmes qui sont charger de la transformation des condiments, leur conservation, et leur apprêt.

Comment mener la recherche

Trois pays seront choisis dans le cadre de cette étude , suite aux inventaires sur les neuf pays. Francis Ngang nous rappelle les critères de sélection :

-  Ampleur
-  Sous étudié
-  Facilité d’accès à l’information
-  Ouverture des populations concernées
-  Particularité du cas
-  Impact socio-culturel
-  Diversités représentés des cas

Le reste de l’atelier a porté sur des questions méthodologiques et sur la formulation de questions et de sous-questions de recherche. Une des implications de la recherche sera de susciter les débats sur le terrain, auprès des gens directement concernés, en plus de combler les lacunes d’information, et de réglementation du phénomène.